Interview de Mr Adovlo Désiré Komi, trésorier de l’Union syndicale des conducteurs de taxi-moto du Togo, (USYNCTAT) : « Généralement on devient conducteur de taxi-moto de façon accidentelle »

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Mr Adovlo Désiré Komi est le trésorier de l’Union syndicale des conducteurs de taxi-moto du Toto (USYNCTAT), une organisation affiliée à la Confédération Syndicale des Travailleurs du Togo (CSTT). Sous la coupole de la CSTT, il a participé au séminaire régional sur le renforcement des capacités des leaders syndicaux de l’économie informelle pour une meilleure approche d’organisation et de gestion des initiatives d’économie sociale à Lomé. Le séminaire a été organisé par la Confédération syndicale africaine en partenariat avec la CSTT. Pendant ce séminaire, Mr Adovlo a accepté de nous parler un peu de l’UNSYCTAT et également de son métier de conducteur de taxi-moto, les difficultés, perspectives et avenir du métier.

Nadia Zibilila : Bonjour Mr Adovlo. Vous êtes le trésoriergénéral de l’USYNCTAT. Dites-nous depuis quand existe l’union et combien d’adhérentscompte-t-elle à ce jour ?

Mr Adovlo Komi Désiré : c’est une union qui existe depuis 1994, lorsque les premiers pas ont été posés par les conducteurs de taxi-moto. C’est à partir de certaines revendications et réflexions qu’est née cette idée. L’union a un siège oùl’on se retrouve pour les différentesactivités.
En termes d’adhérents, il nous est difficile de donner un chiffre précis. Mais nous comptons approximativement entre 10.000 et 15.000 adhérents parce qu’il y a souvent des entrées et des sorties. Le métier de conducteur de taxi-moto n’est pas un métier stable

Etant vous-même conducteur de taxi-moto, pourriez-vous nous parler des difficultés auxquelles font souvent face les conducteurs de taxi-moto ?
Les difficultés sont de plusieurs ordres. Par rapport au fisc, nous avons des difficultés avec le service des impôts. Nous avons également des difficultés entre nous-mêmes. Des difficultés de compréhension parce que les conducteurs sont des gens qui viennent de différents corps. Donc il est difficile de leur expliquer souvent certaines choses. Par exemple, le fait de se conformer à la législation. Nous avons également des difficultés de la propriété des motos et également au niveau des assurances. Il y a tellement desdifficultés que nous essayons tant bien que mal de résoudre.

Qu’est-ce que la centrale syndicale (CSTT) à laquelle votre union est affiliée, fait pour venir en aide aux conducteurs de taxi-motos membres ?
La centrale vient en appui. C’est-à dire en matière de formation par exemple, la centrale aide à la formation des responsables sur la gestion du quotidien, sur la nécessité de nous informer sur les lois en vigueur ; ce qui concerne le transport, l’éducation routière, le code de la route… Mais le problème se situe à notre niveau parce qu’il est difficile de mobiliser les conducteurs en même temps et également de leur faire mettre en exécution ce que nous recevons comme enseignement de la centrale. Donc c’est lorsque par exemple un collègue a des problèmes, qu’ils viennent à la centrale, qu’ils reconnaissent son importance.

Quelles ont été vos occupations avant de devenir conducteur de taxi-moto ?

Généralement on devient conducteur de taxi-moto de façon accidentelle. On a souvent une occupation et c’est parce que ça ne marche pas, qu’on devient conducteur de taxi-moto. Moi personnellement, j’ai fait des études de gestion et enseigné pendant trois ans. Comme ça ne marchait pas, je suis devenu chauffeur de taxi pendant sept ans. Après, j’ai fait de l’agriculture et l’élevage. Mais à cause des faillites, je me suis lancé dans l’activité de conducteur de taxi-moto depuis une dizaine d’années.

L’activité de conducteur de taxi-moto nourrit-elle son homme ?

Ca dépend de la force physique de l’individu. Lorsque vous êtes jeune conducteur sans charges familiales, on peut faire avec. Mais lorsque vous vieillissez dans le métier et que les charges familiales augmentent, il est normal que la fatigue aidant, on s’en sort vraiment difficilement. Moi personnellement, je dirai qu’en dehors du taxi-moto, je continue des activités agricoles.

Vous participez actuellement au séminaire de la CSI-Afrique sur le sujet des syndicats et les initiatives d’économie sociale et solidaire. Pourriez-vous nous dire si votre union dispose d’une mutuelle ou coopérative ?

L’USYNCTAT étantaffiliéeà la CSTT, il y a une majorité de conducteurs qui s’adressent directement à la CSTT. Mais entre nous, nous nous organisons. Dans le volet social par exemple, nous avons trois rubriques : les rubriques accident, maladie et décès. Donc on se soutient à travers des cotisations lorsque les camarades tombent dans ces genres de malheurs. Mais il n’y a pas de structure solide et organisée en tant que tel. Mais également lorsque la maladie tend à durer ou l’accident est vraiment grave, nous n’avons pas les moyens d’assister nos collègues. De même que lorsque nous faisons face aux problèmes d’assurance, il n’y a pas de structure en tant que tel pour nous défendre. Parce que la majorité de nos camarades ne connaissent pas le fonctionnement des structures d’assurance. Donc souvent, ça ne se termine pas comme on l’aurait souhaité.

Et quel plus pensez-vous pouvoir apporter à votre organisation au sortir de ce séminaire ?

Ce n’est pas la première fois que nous participons à un séminaire. Et ce qu’on nous enseigne ici, nous le faisons déjà d’une certaine manière. Mais comment structurer nos actions, c’est ça le problème. Nous sommes souvent confrontés à un problème de confiance. Car il faut gérer l’argent des cotisations. Souvent le mouvement est affaibli par le détournement de l’argent des cotisations. Donc nous avons des problèmes de gestion et des crises de confiance. Çacrée de la réticence. Je dirais donc que pour la restitution des savoirs acquis, on a besoin d’appui. Parce qu’il est difficile à un conducteur de taxi-moto de passer toute une journée rien que pour écouter des présentations. En tant que responsable, moi je bénéficie de ces connaissances. Mais la question est de savoir si j’ai les moyens de les restituer entièrement. Je ne suis pas là pour enrichir seulement mes connaissances. Il faut les restituer. J’aimerais bien qu’on nous aide également dans cette stratégie.

Comment voyez-vous l’avenir de votre métier ?

Actuellement il y a une prolifération de motos. Les clients s’achètent des motos en désordre. Donc le trafic est réduit. Les conducteurs vieillissent également et leur état de sante se détériore. On n’a ni épargne, rien. Nous n’avons pourtant pas des possibilités de reconversion. Donc l’Etat doit nous aider à nous reconvertir, nous mettre ensemble pour faire quelque chose.

Propos recueillis par Nadia ZIBILILA

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